jeudi 15 avril 2010

L'héritage de Monsieur Chartrand

On parlait généralement de lui en n’évoquant que son nom de famille : « Chartrand ». Pourtant s’il est un homme dans l’histoire qui mérite que nous l’appelions « Monsieur », c’est bel et bien Michel Chartrand.

Monsieur Chartrand était un défenseur inconditionnel des travailleuses et travailleurs du Québec, il a milité pour les chômeurs, les locataires, les consommateurs et était un ardent nationaliste. Ce syndicaliste hors norme a marqué des générations de militantes et militants. Personne d’autre que lui n’a mis autant de passion et d’ardeur à défendre la classe ouvrière. Tous s’entendent pour dire que sans lui, la situation des travailleuses et travailleurs n’aurait pas évolué comme elle l’a fait, particulièrement en matière de santé et sécurité au travail. La classe ouvrière du Québec lui doit beaucoup. Il n’a fait l’unanimité que sur un point : c’était un homme d’action et de parole, fidèle à ses convictions, fidèle aux causes qui lui étaient chères et qui ne baissait jamais les bras. Ses détracteurs, généralement les patrons, regrettaient souvent de ne pas avoir de Michel Chartand à eux…

J’ai eu le privilège de participer à une manifestation où Monsieur Chartrand avait été invité. C’était il y a bien des années : étudiant avec des camarades, nous participions à une manifestation nationale contre la réforme Axwhorty. Nous défendions alors le gel des frais de scolarité. Les leaders étudiants se sont succédé au micro, mais ce n’est que lorsque Monsieur Chartrand a pris la parole que la foule s’est levé. Jamais de ma vie je n’avais vu un être aussi charismatique. Je l’entends encore scander : « Si les filles et les fils d’ouvrières et d’ouvriers ont pu aller à l’université, c’est grâce aux luttes que nous avons mené il y a longtemps ! Ce qu’on a réussi à gagner : tenez vous debout et jamais on ne vous l’enlèvera ! » Il avait témoigné sa sympathie à notre cause avec son désormais légendaire : « J’ai peut-être un pied dans la tombe, mais je suis encore capable de lever l’autre assez haut pour botter le cul du ministre de l’éducation ! » Nul besoin de vous dire que la foule était en délire… Bien humblement, je crois que cette fois-là, Monsieur Chartrand a allumé bien des flammes de militant-es…

Il est de ces militants que nous n’oublierons jamais, de ceux qui passeront à l’histoire pour avoir réussi à mener des luttes qui ne semblaient pas à hauteur d’homme. Il était sans égal, un résistant, un militant, un patriote, un Don Quichotte des temps moderne, un homme libre… L’héritage qu’il nous laisse est sans prix. Nous lui devons beaucoup ! Merci pour tout Monsieur Chartrand !

Vous avez connu Michel Chartrand? Il vous a marqué? Il était important pour vous? Vous voulez partager un souvenir de lui? Aidez-nous à lui rendre hommage en ajoutant vos commentaires.

Vincent Couture
Président
Conseil central du Bas-Saint-Laurent (CSN)

1 commentaire:

Marie-Lise Laramée a dit...

Oui, participer à un évènement où Michel Chartrand se pointait ne laissait pas les militants indifférents.
Lors de l'ouverture du Complexe Desjardins, en 75 je crois,je manifestais avec mon syndicat de caisse populaire. Nous étions alors en négociation coordonnée et la grève se préparait. Il faisait un froid de canard et on se réchauffait en sautillant sur place. Les invités arrivaient et entraient avec un regard empreint de mépris pour ces "rebelles" qui osaient déranger un si grand évènement! Michel Chartrand est alors arrivé, à pied, avec son long manteau, le collet relevé sur les oreilles. À titre de président de la caisse d'économie de la CSN, il était invité à la cérémonie d'ouverture.Il a pris un café avec nous, nous a fait rire bien sûr et s'est informé de nos revendications. Il m'a alors demandé de lui "prêter" ma pancarte et il est entré avec. Par les grandes fenêtres, on voyait les invités qui écoutaient religieusement l'orateur; parmi eux, Michel Chartrand tenant fièrement et bien haut la pancarte sur laquelle était écrit "Mouvement coopératif, mon oeil!!". Le message n'aurait pas pu mieux passer! Nous étions comblées.Il avait multiplié l'effet de notre manifestation. Comment oublier ça?