mardi 8 mai 2012

Malgré une entente signée entre Bombardier et le syndicat, des emplois de La Pocatière partent en sous-traitance

La Pocatière, le 7 mai 2012 – Les employé-es de Bombardier de La Pocatière sont inquiets. Très inquiets. Ils le sont tant pour leurs propres emplois que pour ceux de leurs concitoyens, de plus en plus affectés par la sous-traitance qui réduit considérablement le nombre d’emplois directs et indirects de la région.

 Le tableau est éloquent : de 1998 à 2005, l’usine de La Pocatière comptait plus de 1000 travailleurs. Or, depuis 2006, le nombre de salarié-es a constamment baissé, de sorte que Bombardier n’emploie plus que 350 personnes pour l’instant.

 Voici les faits : une entente signée dans le cadre d’un règlement de grief entre Bombardier et le syndicat CSN, en février 2010, stipulait que l’employeur s’engageait à assurer à l’usine de La Pocatière l’exécution des activités de production, notamment pour les contrats avec la Chicago Transit Autorithy, la New Jersey Transit et la Société de Transport de Montréal (STM).

Pour l’exécution de ce dernier contrat, Bombardier avait donc deux ans pour se préparer à respecter ses engagements. Ceux-ci garantissaient à l’usine de La Pocatière la fabrication des pièces primaires, des sous-ensembles mineurs et majeurs ainsi que la fabrication des caissons en acier inoxydable des voitures de métro du contrat à venir. L’entente avec le syndicat incluait la conception et la fabrication de l’outillage nécessaire à ces activités de fabrication, la finition intérieure des voitures et la réalisation des tests dynamiques et statiques à être effectués sur celles-ci.

Cependant, à l’automne 2011, Bombardier annonçait que les pavillons (toits des voitures du métro de Montréal), qui devaient originellement être en acier inoxydable et réalisés à La Pocatière, seraient fabriqués en aluminium par une entreprise américaine, sous prétexte qu’elle ne désire pas se doter de la technologie appropriée à son usine du Bas-Saint-Laurent.

Depuis peu, Bombardier fait également fabriquer en sous-traitance plusieurs pièces en acier inoxydable pour le contrat du New Jersey et celui de la STM. Ainsi, ces dernières arrivent maintenant de Mississauga, Ontario et d’ailleurs entièrement découpées et prêtes à être assemblées, alors qu’elles auraient dû être réalisées par les travailleurs de La Pocatière.

Ordonnance de sauvegarde

Devant ces faits troublants et la volonté de l’employeur de renégocier l’entente de règlement de grief, le syndicat a émis une ordonnance de sauvegarde afin de forcer l’employeur à respecter l’entente qu’il avait signée avec lui il y a deux ans.

Le président du syndicat, Mario Lévesque, est en furie : « Cette fuite d’emplois se poursuit plus ou moins en catimini, sans que nous en soyons informés formellement. Bombardier s’est départi de plusieurs machines et équipements encore en état de marche afin de pouvoir recourir à la sous-traitance plus tard. L’entreprise nous avait laissé entrevoir qu’elle allait renouveler son parc de machines, mais ça ne s’est jamais produit. »

Selon la présidente du Conseil central du Bas-Saint-Laurent (CSN), Nancy Legendre, ces recours constants à la sous-traitance, qui vont à l’encontre de l’entente signée en 2010, menacent non seulement plusieurs dizaines d’emplois directs et indirects, mais bien toute l’économie de la région. La plus importante entreprise privée de l’Est du Québec procure du travail à de nombreux fournisseurs locaux et régionaux. Elle l’exhorte d’autre part à agir en bon citoyen corporatif pour stopper l’hémorragie.

À La Pocatière et non ailleurs

Le président de la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM–CSN), Alain Lampron, rappelle à Bombardier qu’elle a obtenu le contrat de fabrication des voitures du métro à La Pocatière parce que, de concert avec le gouvernement du Québec, elle avait convenu de les fabriquer à cet endroit et non en partie ailleurs.

Le regretté ministre Claude Béchard avait notamment multiplié personnellement les démarches dans ce but précis. Le président de la FIM–CSN note également des manifestations syndicales et de la population régionale dans les rues de La Pocatière, de même que l’implication de la CSN et de l’organisme qu’il représente ont contribué à l’obtention du contrat par Bombardier.

Celui-ci devait assurer la pérennité des emplois à l’usine du Bas-Saint-Laurent tout en favorisant le maintien de l’expertise et le développement de nouvelles technologies permettant la survie à long terme de l’usine.

Selon ce qui avait été annoncé, la première portion du contrat des voitures de métro de Montréal devait fournir du travail, pendant huit ans, à 775 travailleurs de la région à l’usine de La Pocatière. À cause de la fuite des emplois à l’extérieur de la région, pas plus de 200 travailleurs seront nécessaires à la réalisation du contrat de la STM.

Les entreprises et les commerces de La Pocatière et des municipalités limitrophes, d’où proviennent presque tous les travailleurs de Bombardier, ressentent durement les impacts de cette diminution de main-d’œuvre constante. La population, qui s’est déjà mobilisée au milieu des années 2000 pour l’obtention du contrat du métro de Montréal, pourrait bien être tentée de se manifester à nouveau.

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